


La musique est un chemin sur lequel il est impossible de dire « J’ai déjà tout atteint - INTERVIEW
Bakou, 1er juillet, AZERTAC
Jeune violoniste virtuose interprétant les œuvres les plus exigeantes sur un légendaire violon Quarneri fabriqué en 1715, il captive le public dès son entrée en scène, plongeant la salle dans un silence empreint d'émotion…
Notre invité, Elvin Khodja Ganiyev, est Artiste émérite d'Azerbaïdjan et lauréat de nombreux concours internationaux. Petit-fils du professeur Server Ganiyev, éminent violoniste azerbaïdjanais, Artiste du peuple d'Azerbaïdjan, il a collaboré avec de nombreux chefs d'orchestre de renommée internationale, parmi lesquels Vladimir Spivakov, Iouri Bachmet, Plácido Domingo, Jules van Hessen, David Bernard, Dmitri Liss et bien d'autres. S'étant produit dans les plus grandes salles de concert du monde, il représente avec succès l'Azerbaïdjan sur la scène internationale. Les sonorités uniques de son violon séduisent les publics des États-Unis, d'Europe, d'Asie et d'Afrique, suscitant constamment l'admiration des spectateurs et les éloges de la critique musicale.
Nous présentons notre entretien avec Elvin Khodja Ganiyev.
- Vous revenez tout juste d'une nouvelle tournée. Est-il difficile d'être constamment à l'étranger ? Comment parvenez-vous à faire face à un rythme de travail aussi soutenu ?
- Bien sûr, les déplacements incessants en avion et les changements de fuseaux horaires exigent une grande endurance, tant physique que mentale. Mais je vis pratiquement à ce rythme depuis toujours. Dès mon enfance, je participais à des concerts, des concours et des master classes dans différents pays. Avec le temps, ce mode de vie est devenu tout à fait naturel pour moi. Aujourd'hui, donner un concert dans un pays, puis répéter dans un autre le lendemain, fait désormais partie intégrante de ma profession et de mon mode de vie.
Il arrive toutefois que les déplacements soient particulièrement éprouvants, notamment lorsqu'il s'agit de vols de nuit ou de très longs trajets avec plusieurs correspondances. Dans ces cas-là, j'essaie de programmer les répétitions non pas le jour de mon arrivée, mais le lendemain, afin d'avoir le temps de dormir suffisamment, de récupérer et de répéter dans de bonnes conditions. Malheureusement, mon calendrier de concerts ne me le permet pas toujours.
Je me souviens notamment d'un concert à Paris. J'arrivais du Kazakhstan par un vol de nuit avec une correspondance à Istanbul, en Türkiye. J'ai atterri à Paris vers 09h00 heures et je suis allé directement de l'aéroport à la répétition. Ce genre de situation se produit assez fréquemment.
- Vous aviez 12 ou 13 ans lorsque votre grand-père, éminent musicien, est décédé. Qu'avez-vous appris à ses côtés ?
- Mon grand-père, le professeur Server Ganiyev, n'était pas seulement un musicien d'exception, c'était aussi un homme remarquable. La plus grande leçon qu'il m'ait transmise est le respect de la musique, du travail et des gens. Il disait souvent que le talent, sans travail quotidien, sans discipline et sans dévouement, ne mène à rien.
C'est grâce à lui que j'ai assimilé les fondements de la grande école russe du violon, héritée de maîtres légendaires tels que Jankélévitch et David Oïstrakh. Ces connaissances et ces principes m'accompagnent encore aujourd'hui.
Mais ce qui comptait peut-être davantage encore, c'était l'homme qu'il était. Malgré tous ses titres, ses distinctions et sa renommée internationale, mon grand-père avait un cœur d’or. Il était profondément bienveillant, noble et d'une incroyable modestie. Cela a toujours été pour moi une véritable leçon de vie.
Il demeure mon modèle absolu, aussi bien en tant qu’homme éminent qu'en tant que musicien. Tout ce que j'ai accompli jusqu'à présent, je le dois en grande partie aux valeurs qu'il m'a transmises et à sa manière de concevoir la vie.
- Des musiciens de renom estiment que vous avez surpassé votre illustre grand-père en termes de réussite, de maîtrise artistique, de notoriété et d'accomplissement personnel. Votre nom est aujourd'hui cité aux côtés des meilleurs violonistes du monde…
- C’est toujours très agréable d'entendre ce genre de propos, mais je n’ai jamais cherché à me comparer à mon grand-père. Il était une personnalité légendaire et l’un des fondateurs de l’école azerbaïdjanaise moderne du violon.
S’il faut parler du secret de la réussite, il n’y en a pas. Il y a l’amour de la musique, un travail acharné, de bons maîtres et la volonté de progresser sans cesse.
J’ai eu la chance d’être entouré d’excellents professeurs. J’ai commencé ma formation au sein de l’école russe du violon fondée par mon grand-père, avant de poursuivre mes études pendant plus de quatorze ans auprès du professeur Zakhar Bron, l’un des plus grands pédagogues du violon au monde. Il m’a formé, tant comme musicien que comme artiste, de l’âge de 8 ans jusqu’à mes 22 ans.
Mais je considère que, dans la musique, la réussite repose avant tout sur un travail constant sur soi-même. Quels que soient les succès que l’on a déjà remportés, il faut toujours chercher à devenir meilleur, à approfondir sa compréhension de la musique, à découvrir sans cesse de nouvelles choses et à ne jamais cesser de progresser.
La musique est un chemin sur lequel il est impossible de dire « J’ai déjà tout atteint ». Un véritable artiste continue d'apprendre, de chercher et de se perfectionner tout au long de sa vie. C’est peut-être cette volonté de devenir meilleur chaque jour qui permet d'aller toujours de l’avant.
- Vous avez reçu le titre de l’Artiste émérite à l’âge de 20 ans. Que représente pour vous le fait d’être le plus jeune Artiste émérite de l’histoire de l’Azerbaïdjan ?
- C’est pour moi un immense honneur, mais aussi une grande responsabilité. Je ne considère pas cette distinction comme un aboutissement, mais plutôt comme une source de motivation pour travailler encore davantage et continuer à me perfectionner en tant que musicien et artiste.
Cette haute distinction revêt une valeur toute particulière pour moi, car elle m’a été décernée dans mon pays. Le fait d’être le plus jeune Artiste émérite de l’histoire de l’Azerbaïdjan m’inspire un profond sentiment de gratitude, mais aussi une grande responsabilité. J’y vois une sorte de confiance de la part de l’État, une confiance qu’il faut honorer chaque jour par son travail, ses prestations artistiques et la manière dont on représente son pays sur la scène internationale.
C’est pourquoi je considère cette distinction avec le plus grand respect. Je la vois également comme une source de motivation pour poursuivre mon développement, représenter dignement l’Azerbaïdjan à travers le monde et contribuer au rayonnement de notre culture musicale.
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