


Ignazio Cassis : La Suisse apprécie hautement le rôle constructif de l’Azerbaïdjan – ENTRETIEN EXCLUSIF
Bakou, 4 août, AZERTAC
Ignazio Cassis, membre du Conseil fédéral suisse et chef du Département fédéral des affaires étrangères, président en exercice de l'OSCE, a accordé un entretien exclusif à l’AZERTAC. Voici le texte intégral de l’interview.
La Confédération suisse a été parmi les premiers pays à reconnaître la République d'Azerbaïdjan lors du rétablissement de son indépendance. L'année prochaine marquera le 35e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays. Quelle contribution votre visite à Bakou apportera-t-elle au développement futur des relations bilatérales ?
- La reconnaissance précoce par la Suisse de l'indépendance de l'Azerbaïdjan a jeté les bases de relations étroites et durables entre nos pays.
Ma visite constitue une excellente occasion d'approfondir notre dialogue politique, de renforcer la coopération économique et de discuter des questions régionales et internationales d'intérêt commun. À l’approche du 35e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques, nous souhaitons augmenter le nombre des acquis déjà obtenus et renforcer notre partenariat.
Comment caractériseriez-vous la dynamique actuelle des relations suisse-azerbaïdjanaises ?
-La Suisse et l'Azerbaïdjan entretiennent des relations étroites et dynamiques, fondées sur un dialogue politique régulier. Les nombreuses visites et échanges de haut niveau entre nos pays au fil des ans témoignent de la solidité et de la pérennité de ces relations.
Les progrès accomplis vers la paix avec l'Arménie offrent de nouvelles perspectives à toute la région, notamment en termes de stabilité et de coopération économique. L'Azerbaïdjan est un partenaire important de la Suisse dans le Caucase du Sud et un maillon essentiel entre l'Europe et l'Asie ; son rôle de plaque tournante régionale se renforce également.
Notre coopération dans le cadre des institutions de Bretton Woods constitue un aspect particulier de nos relations. L'adhésion de l'Azerbaïdjan à cette organisation dirigée par la Suisse renforce la confiance et crée les conditions d'un dialogue politique régulier, d'une coordination des politiques et d'une coopération technique.
Nos relations économiques se développent aussi. La Suisse est une destination importante pour les exportations azerbaïdjanaises, notamment dans le secteur de l'énergie, qui a connu une forte croissance ces dernières années. Nous sommes attachés au commerce et à l'investissement, en particulier.
Bakou est un centre important des projets énergétiques mondiaux. Comment évaluez-vous le rôle de l'Azerbaïdjan dans la sécurité énergétique de l'Europe ?
-Dans le contexte géopolitique actuel, la diversification des sources d'énergie et des voies d'approvisionnement est essentielle à la sécurité et à la stabilité de l'Europe.
L'Azerbaïdjan est devenu un partenaire énergétique fiable et joue un rôle important dans le renforcement de la sécurité énergétique de l'Europe. Sa contribution permet de réduire la dépendance à un fournisseur unique et garantit un approvisionnement énergétique plus stable et diversifié.
La Suisse apprécie tout particulièrement le rôle constructif et l'engagement de l'Azerbaïdjan en faveur d'une coopération énergétique fiable avec l'Europe.
La Commission mixte de coopération commerciale et économique entre le gouvernement azerbaïdjanais et le Conseil fédéral suisse a été créée en 2003. Quel est votre avis sur le rôle de cette plateforme, active depuis plus de 20 ans, dans l'accroissement des échanges commerciaux et le développement d'un climat d'investissement favorable entre nos deux pays ?
-La Commission mixte de coopération économique est le principal instrument de nos relations bilatérales. Elle nous permet d'identifier des opportunités concrètes, d'améliorer l'environnement des affaires et de rapprocher les entreprises suisses et azerbaïdjanaises, notamment dans les secteurs autres que le pétrole et le gaz.
La 10e réunion, qui se tiendra en Suisse le 15 septembre, sera l'occasion d'approfondir cette coopération et de nouer de nouveaux partenariats, notamment grâce à un forum d'affaires.
Nous souhaiterions vous demander votre avis sur les activités des entreprises suisses en Azerbaïdjan, notamment dans les territoires libérés du Garabagh et de Zenguézour oriental, ainsi que sur les perspectives de coopération future.
-Je suis convaincu que les entreprises suisses peuvent apporter une expérience et une innovation précieuses aux marchés sur lesquels elles opèrent.
Leurs décisions d'investissement sont prises en toute indépendance, en fonction du potentiel du marché, de la stabilité économique, de la sécurité juridique et du climat des affaires général. Le rôle du gouvernement suisse n'est pas d'orienter ces choix, mais de soutenir la création d'un environnement d'investissement fiable, propice à l'investissement et au développement des entreprises en toute confiance.
L’Azerbaïdjan est une importante plateforme logistique reliant l’Est et l’Ouest. Dans quelle mesure la Suisse s’intéresse-t-elle au développement du projet de Couloir médian traversant Bakou et à l’exploitation de cette infrastructure ?
-La situation géographique de l’Azerbaïdjan lui permet de jouer un rôle de pont entre l’Est et l’Ouest.
La Suisse s’intéresse au développement du Couloir médian, car des routes commerciales fiables et diversifiées sont essentielles à une économie mondiale ouverte et durable. Nous entrevoyons un potentiel de coopération dans des domaines tels que la logistique, les infrastructures et la numérisation.
L’ouverture, l’an dernier, d’un bureau de représentation à Bakou par la Mediterranean Shipping Company (MSC), basée à Genève, illustre parfaitement l’intérêt croissant porté au rôle de l’Azerbaïdjan en tant que plaque tournante régionale du transport.
Dans un contexte de conflits croissants dans le monde et dans la région, je serais intéressé par votre point de vue sur le processus de normalisation des relations entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie : parvenir à la paix, mettre en place le transport de marchandises vers l'Arménie via le territoire azerbaïdjanais, fournir du carburant à l'Arménie, etc.
-La Suisse se félicite des progrès accomplis vers la paix entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie et de la volonté politique manifestée par les deux parties de surmonter le conflit qui a engendré de terribles souffrances pendant de nombreuses années.
Je le dis à la fois en ma qualité de ministre suisse des Affaires étrangères et en ma qualité de président en exercice de l'OSCE. Je transmettrai le même message à Erevan lors de ma prochaine visite.
La Suisse a toujours été attachée au dialogue et au renforcement de la confiance. Des entretiens entre les deux ministres des Affaires étrangères ont eu lieu à Genève en 2022, et nous sommes prêts à soutenir toute mesure utile en vue de la normalisation.
Le rétablissement des échanges commerciaux, des liaisons de transport et des autres mesures de confiance est encourageant. Nous espérons que les deux parties poursuivront ces progrès et œuvreront à une paix durable pour le bien des peuples des deux pays.
Je me réjouis également d'accueillir les ministres des Affaires étrangères d'Azerbaïdjan et d'Arménie à Lugano en décembre pour le Conseil ministériel de l'OSCE. Durant la présidence suisse, nous entendons renforcer l'OSCE en tant que plateforme de dialogue. Elle est l'un des rares lieux où les 57 États participants siègent encore ensemble. La poursuite de ces pourparlers dans un contexte de tensions est en soi un succès ; il est de notre responsabilité de nous en servir pour rétablir la confiance.
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